Non, l'intelligence de bébé ne le dispense pas de faire ses nuits. par Melinda WennerMoyer Slate.fr

Mis à jour : 25 févr 2019




traduction par Florence Delahoche — 27 janvier 2019 à 15h00

Extrait d'un article de Slate.fr qui avance des arguments basés sur la science.

Une nouvelle théorie (et pas des moindres) sur la parentalité a récemment fait le tour des réseaux sociaux. «Des experts affirment que les bébés très intelligents ont besoin de moins de sommeil et se réveillent plus la nuit», affirme le titre d’un billet publié sur le site internet australien Healthy Mummy. Cette (fausse) nouvelle, qui s'appuie sur un article publié par BuzzFeed en 2015, a déjà été partagée plus de 363.000 fois sur les réseaux sociaux. Mercredi 23 janvier, le journal Irish Independent a pris le train en marche et a sorti un papier similaire intitulé «Pourquoi il est finalement bon que votre bébé ne fasse pas ses nuits».

Les arguments avancés par ces articles, comme les hypothèses sur lesquelles ils se fondent, sont si fallacieux que je ne sais même pas par quel bout commencer. Le mensonge le plus flagrant est l’affirmation principale, que résume parfaitement la citation de Peter Fleming, spécialiste en physiologie du développement à l’université de Bristol: «Il n’y a absolument aucune preuve qu’il soit bénéfique pour qui que ce soit d’avoir un enfant qui dorme longtemps et sans se réveiller.»

Un peu de science pour contrer les fake news

En réalité, il existe bel et bien des preuves: commençons par cette étude de 2010 menée par des chercheurs de l’université de Montréal, pour laquelle soixante parents ont tenu un journal sur le sommeil de leurs enfants, à 12 mois et à 18 mois, avant que leurs aptitudes intellectuelles ne soient évaluées. Les chercheurs ont ainsi constaté que «plus le temps de sommeil était important la nuit, tant chez les enfants de 12 mois que chez ceux de 18 mois, meilleurs étaient les résultats aux exercices psychomoteurs». Parlons également de cette étude de 2011 expérimentée par chercheurs et des chercheuses néo-zélandaises qui ont étudié le sommeil de cinquante-deux jeunes enfants pendant une semaine, en utilisant des capteurs et en demandant l’aide des parents, appelés à remplir un journal et des questionnaires. L'équipe a conclu que «l’efficacité du sommeil et le fait d’avoir une proportion élevée de sommeil durant la nuit sont fortement corrélés à l’âge et aux étapes du développement cognitif et moteur».

En 2017, des chercheurs ont examiné tous les écrits scientifiques sur le sujet et ont conclu qu’il existe une «relation positive entre le sommeil, la mémoire, le langage, les fonctions motrices et le développement cognitif global chez les nourrissons et enfants en bas âge dont le développement est typique». Un certain nombre d’études sur des animaux soutiennent l’idée que le sommeil améliore la mémoire, l’apprentissage et les fonctions cognitives: les animaux privés de sommeil en début de vie, par exemple, présentent des cortex cérébraux plus petits une fois adultes. Pour résumer, «la littérature scientifique sur le sommeil des jeunes enfants contredit complètement les affirmations ridicules relayées dans ces articles», explique Arielle Greenleaf, consultante spécialisée dans le sommeil et fondatrice de l’agence de conseil Expect to Sleep Again Sleep Consulting, basée dans le Massachusetts.

Il existe aussi un avantage certain pour les parents à avoir un bébé qui dort bien. Comme je l’ai expliqué dans un ancien article sur l’apprentissage du sommeil, de multiples essais cliniques ont mis en évidence que les interventions qui aident les bébés à mieux dormir la nuit permettent de réduire jusqu’à trois fois le risque de dépression maternelle.

Il est donc difficile de comprendre pourquoi Peter Fleming pense qu’il n’y a «absolument aucune preuve» qu’un bon sommeil des tout-petits soit «profitable pour tout le monde». Difficile aussi de savoir pourquoi l’article de Healthy Mummy prétend que «les enfants intelligents ont besoin de moins d’heures de sommeil que les autres pour fonctionner», puisqu'on ne trouve aucune étude pour étayer cette affirmation. (Il est intéressant de noter que ce site semble plus concerné par la commercialisation de compléments nutritionnels et de méthodes pour perdre du poids que par le journalisme de qualité.) En fait, puisqu’il existe une corrélation entre l’intelligence et un sommeil plus long, il serait plus logique (encore que pas tout à fait exact) d’affirmer que les enfants intelligents ont probablement besoin de plus de sommeil que les autres.

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